Forêts, agriculture, climat : Pourquoi le reboisement est devenu vital pour le Togo

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(TOGODAILYNEWS) – Au Togo, la protection des forêts dépasse largement la simple question environnementale. Dans les villages comme dans les grandes villes, les arbres jouent un rôle essentiel dans l’accès à l’eau, la production agricole, la lutte contre les feux de brousse et même l’économie des ménages. À travers la campagne nationale de reboisement, les autorités veulent rappeler que préserver les forêts, c’est aussi protéger l’avenir des populations.

La forêt, gardienne de l’eau et de l’agriculture

Dans les communautés rurales togolaises, le lien entre forêt, eau et agriculture est une réalité quotidienne. Les spécialistes expliquent que lorsque les arbres couvrent les collines et les têtes de bassin versant, les pluies pénètrent progressivement dans les sols pour alimenter les nappes phréatiques. À l’inverse, lorsque les arbres disparaissent, l’eau ruisselle rapidement sans s’infiltrer, entraînant l’assèchement des puits et des cours d’eau.

Le bassin versant du fleuve Mono illustre cette situation. Cette zone, qui alimente notamment le lac de Nangbéto, subit une déforestation croissante. Selon les autorités, restaurer les forêts autour de ce bassin est indispensable pour préserver les ressources en eau du barrage et garantir l’approvisionnement en électricité de milliers de ménages.

Dans plusieurs préfectures du nord, notamment à Toné, Oti et Kpendjal, certaines localités qui disposaient autrefois d’eau toute l’année ne peuvent désormais compter que sur la saison des pluies. Le reboisement des berges et des zones de captage apparaît ainsi comme une réponse directe à cette dégradation.

Les autorités rappellent également que les systèmes agricoles traditionnels togolais intégraient déjà les arbres dans les exploitations. Au sud, les pratiques de type « agadja », et au nord les parcs à kariés, associaient naturellement agriculture et couverture arborée. Des méthodes aujourd’hui validées par les recherches scientifiques modernes.

« Si la pluie d’aujourd’hui ne reste pas dans le sol, c’est parce que nous avons coupé les arbres qui la retenaient. Replanter, c’est rouvrir le robinet de la nature », résume la communication officielle.

Les feux de brousse, principal ennemi des forêts togolaises

Chaque année, les feux de brousse détruisent des milliers d’hectares de végétation à travers le pays. La saison des incendies s’étend généralement de novembre à mars, avec un pic observé en janvier et février sous l’effet de l’harmattan.

Les autorités identifient plusieurs causes principales : les feux allumés pour la chasse, le nettoyage des champs après récolte, les brûlis pratiqués par certains éleveurs pour favoriser la repousse de l’herbe ou encore les incendies accidentels.

Face à cette menace, le gouvernement encourage la pratique des feux précoces contrôlés. Réalisés en octobre ou novembre, ces feux de faible intensité permettent de créer des zones tampons destinées à limiter la propagation des grands incendies de saison sèche.

Les comités villageois de lutte contre les feux de brousse, appuyés par le ministère chargé des ressources forestières, jouent également un rôle important dans plusieurs centaines de localités. Les populations sont invitées à créer davantage de structures communautaires de surveillance et de prévention.

Autre mesure essentielle : l’aménagement de pare-feux. Une bande débroussaillée de trois à cinq mètres autour des plantations constitue souvent la première protection contre les incendies.

« Un feu tardif, c’est l’ennemi de notre avenir. Protéger les plantations, c’est protéger le travail de toute la communauté », rappellent les responsables de la campagne.

L’agroforesterie, une pratique ancestrale redevenue moderne

Au Togo, l’association entre arbres et cultures agricoles fait partie des pratiques traditionnelles transmises depuis plusieurs générations.

Dans les régions des Savanes et de la Kara, les agriculteurs ont longtemps conservé les kariés au milieu des champs. Ces arbres améliorent naturellement la fertilité des sols tout en procurant des revenus importants aux femmes grâce à la production du beurre de karité.

Dans les Plateaux, notamment autour de Badou et Kpalimé, la culture du cacao sous ombrage forestier permet de réduire les maladies, de protéger les sols et d’améliorer les rendements.

En zone cotonnière, les haies vives d’acacias servent à fixer l’azote dans les sols, à ralentir les vents et à fournir du bois de chauffe sans détruire les forêts naturelles.

Le moringa, souvent surnommé « arbre de vie », connaît lui aussi un intérêt croissant. Très répandu au Togo, cet arbre fournit des feuilles riches en protéines et en vitamines, tandis que ses graines peuvent contribuer à la purification de l’eau. Les autorités encouragent sa plantation dans les concessions familiales afin de lutter contre la malnutrition.

« Nos grands-parents ne séparaient pas l’arbre du champ. La science a mis du temps à comprendre ce que nos ancêtres savaient déjà », souligne la communication officielle.

Le reboisement, une véritable opportunité économique

Au-delà de la protection de l’environnement, le reboisement représente également une source de revenus potentielle pour de nombreuses familles togolaises.

Le teck, par exemple, constitue aujourd’hui un investissement particulièrement rentable. Selon les spécialistes, un hectare planté peut générer entre 3 et 5 millions de francs CFA lors de la première coupe après huit à dix ans. Dans les régions Maritime et des Plateaux, plusieurs producteurs ont déjà développé de véritables activités économiques autour de cette filière.

Le karité représente également une ressource essentielle pour de nombreuses femmes rurales. Une exploitante entretenant une cinquantaine de kariés peut obtenir entre 150 000 et 300 000 francs CFA supplémentaires par saison grâce à la vente du beurre de karité.

D’autres produits forestiers non ligneux comme le néré, le tamarin, le baobab ou le moringa alimentent quotidiennement les marchés de Kara, Lomé et d’autres villes du pays.

Le développement de l’écotourisme constitue aussi un enjeu croissant. Des sites naturels comme les forêts de Misahöhé et d’Akloa, les chutes de Womé ou encore la cascade de Kpimé attirent chaque année des visiteurs et génèrent des revenus pour les communautés locales.

Par ailleurs, les pépinières communautaires deviennent progressivement une nouvelle activité économique pour les jeunes, grâce à la production et à la vente de plants destinés aux campagnes de reboisement.

« Planter un arbre, c’est ouvrir un compte épargne en banque naturelle. Les intérêts s’accumulent au fil des ans, sans risque de faillite », résument les responsables du programme.

Le Togo engagé dans la lutte mondiale contre le changement climatique

Les autorités rappellent enfin que les efforts de reboisement menés au Togo s’inscrivent dans une dynamique internationale de lutte contre le changement climatique.

Depuis l’Accord de Paris de 2015, le Togo s’est engagé à réduire ses émissions de gaz à effet de serre, notamment à travers la restauration des forêts et des écosystèmes dégradés.

Le pays bénéficie aujourd’hui de plusieurs mécanismes de financement internationaux destinés à soutenir la protection des ressources forestières et la valorisation des services environnementaux.

Les effets du changement climatique sont déjà perceptibles sur le territoire national. Selon les données officielles, les températures ont augmenté d’environ 0,8°C depuis les années 1960. Les pluies deviennent plus irrégulières, les sécheresses plus fréquentes dans le nord et les inondations plus importantes dans le sud.

Pour les autorités, les forêts représentent donc un véritable bouclier naturel face à ces bouleversements climatiques.

À travers l’initiative d’un milliard d’arbres, le Togo entend ainsi contribuer à l’effort mondial de restauration des écosystèmes.

« Quand le Togolais plante un arbre, il parle au monde entier. Il dit : “Nous sommes là, nous agissons, nous protégeons notre maison commune.” »

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